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Première dublette

Event ID: 178

02 avril 1917

50.39224109082736, 2.7874472762560534
Farbus and Givenchy
Givenchy

Source ID: 4

Der rote Kampfflieger von Rittmeister Manfred Freiherrn von Richthofen, 1917, 351.000 - 400.000, Verlag Ullstein & Co, Berlin-Wien

« Premier doublet Le 2 avril 1917 a été une nouvelle journée chaude pour mon escadron. De ma place, nous entendions clairement les tirs de tambour, et aujourd’hui encore, ils étaient très violents. J’étais encore au lit quand mon gars est entré en courant vers moi en s’exclamant : « Monsieur le lieutenant, les Anglais sont déjà là ! ». Encore un peu endormi, je regarde par la fenêtre, et effectivement, mes chers amis tournent déjà au-dessus de la place. Je suis sorti de mon lit, j’ai mis mes vêtements, c’était un. Mon oiseau rouge était au départ pour le travail du matin. Mes monteurs savaient que je ne laisserais pas passer ce moment favorable. Tout était prêt. Vite, encore le zeste de chaleur, et c’est parti. J’étais parti en dernier. Mes autres camarades étaient bien plus proches de l’ennemi. Je craignais déjà que mon rôti m’échappe, si bien que je devais regarder de loin comment se déroulaient sous mes yeux quelques combats aériens. Soudain, l’un des clients insolents a l’idée de me pousser vers le bas. Je le laisse s’approcher tranquillement et une danse amusante commence. Bientôt mon adversaire vole sur le dos, [123] bientôt il fait ceci, puis cela. C’était un avion de chasse biplace. J’étais au-dessus de lui, et je me suis vite rendu compte qu’il ne pouvait plus m’échapper. Lors d’une pause dans le combat, je me suis convaincu que nous étions seuls face à face. C’était donc à celui qui tirerait le mieux, qui aurait le plus de calme et une meilleure vue d’ensemble au moment du danger, de gagner. Il n’a pas fallu longtemps pour que je l’abatte, sans vraiment lui avoir tiré dessus sérieusement, à au moins deux kilomètres du front. Je pense qu’il veut atterrir, mais c’est là que je me suis trompé sur mon adversaire. D’un seul coup, je le vois, à quelques mètres seulement du sol, repartir tout droit et tenter de m’échapper. J’en ai eu assez. Je l’attaquai à nouveau, et si bas que je craignis presque de toucher les maisons d’un village situé en dessous de moi. L’Anglais s’est défendu jusqu’au dernier moment. Tout à la fin, j’ai senti un coup dans ma machine. Je n’ai plus lâché prise, il fallait qu’il tombe. Il a foncé à toute vitesse dans un pâté de maisons. Il ne restait plus grand chose. C’était à nouveau un cas d’une grande précision. Il s’est défendu jusqu’au bout. Mais à mon avis, c’était plutôt de la stupidité de sa part. C’était une fois de plus le point où je trace une [124] limite entre le courage et la stupidité. Il fallait bien qu’il descende. Il avait donc dû payer sa bêtise de sa vie. * Je revins très amusé par les performances de mon cheval d’acier rouge lors du travail matinal. Mes camarades étaient encore en l’air et furent très étonnés lorsque nous nous rencontrâmes au petit-déjeuner et que je pus leur parler de mon numéro trente-deux. Un tout jeune lieutenant avait abattu son premier, nous étions très contents et nous nous préparions à de nouveaux combats. Je rattrape ma toilette matinale manquée. C’est alors qu’un bon ami – le lieutenant Voss de l’escadron de chasse Boelcke – vient me rendre visite. Nous discutons ensemble. La veille, Voss avait fêté son vingt-troisième anniversaire. Il était donc le plus proche de moi et est sans doute mon concurrent le plus féroce en ce moment. Comme il rentre chez lui en avion, j’ai voulu l’accompagner encore un peu. Nous faisons un détour par le front. Le temps est devenu très mauvais, si bien que nous ne pouvions pas espérer être encore en bonne santé. Au-dessous de nous, des nuages compacts. Voss, qui ne connaissait pas la région, commençait déjà à se sentir mal à l’aise. Au-dessus d’Arras, j’ai rencontré mon frère, qui est également dans mon escadron et qui a perdu son escadron. Il nous rejoint aussi. Il savait que c’était moi (oiseau rouge). C’est alors que nous voyons arriver un escadron de l’autre côté. Immédiatement, un éclair me traverse l’esprit : « Numéro trente-trois » ! Malgré le fait qu’il s’agissait de neuf Anglais et qu’ils étaient sur leur territoire, ils ont préféré éviter le combat. (Je vais quand même devoir changer de couleur un de ces jours.) Mais nous les avons rattrapés. Une machine rapide, c’est l’essentiel. Je suis le plus proche de l’ennemi et j’attaque celui qui est le plus en arrière. Je constate, à mon plus grand plaisir, qu’il s’engage immédiatement dans le combat avec moi, et avec un plaisir encore plus grand que ses camarades l’abandonnent. Je me retrouve donc bientôt seul face à lui. C’est à nouveau le même type que celui auquel j’ai eu affaire le matin. Il ne m’a pas facilité la tâche. Il sait ce qui compte, et surtout : il tirait bien. J’ai pu le constater assez précisément par la suite, à mon grand regret. Le vent favorable vient à mon secours et nous pousse tous les deux au-dessus de nos lignes. L’adversaire se rend compte que ce n’est pas aussi simple qu’il l’avait imaginé et disparaît en piqué dans un nuage. C’est presque ce qui l’a sauvé. Je le poursuis, je sors par le bas et – l’homme doit avoir de l’élan – je me retrouve miraculeusement assis juste derrière lui. Je tire, il tire, mais aucun résultat tangible. Là, je l’ai enfin touché. Je le remarque à la fumée blanche d’essence qui reste derrière son appareil. Il doit donc se poser, car son moteur s’arrête. Mais c’était un garçon obstiné. Il dut reconnaître qu’il avait joué son va-tout. S’il continuait à tirer, je pouvais le tuer immédiatement, car nous n’étions plus qu’à trois cents mètres d’altitude. Mais le type s’est défendu comme il l’avait fait ce matin, jusqu’à ce qu’il atterrisse en bas. Après son atterrissage, je l’ai à nouveau survolé à dix mètres de hauteur pour savoir si je l’avais tué ou non. Que fait le gars ? Il prend sa mitraillette et m’explose toute la machine. Voss m’a dit après coup que si cela lui était arrivé, il l’aurait tué par la suite, au sol. En fait, j’aurais dû le faire aussi, car il ne s’était pas encore rendu. Il était d’ailleurs l’un des rares chanceux à être resté en vie. C’est très joyeusement que je suis rentré à la maison et que j’ai pu fêter mon trente-troisième anniversaire ».

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